Récits sur l’intelligence animale

Nul ne peut nier la beauté du règne animal, & lorsqu’on s’y intéresse de plus près, il est fascinant de constater que chaque espèce possède des caractéristiques différentes. Nous sommes parfois surpris face à l’intelligence de certaines, & encore plus étonnés quand ce que nous croyions d’un animal s’avère totalement faux. A l’image du cochon, méprisés à tort pour sa soit-disant saleté. Il s’avère que ce dernier a récemment accompli le fameux test du miroir, un examen qui détermine si oui ou non, une espèce à conscience de soi. Une preuve parmi tant d’autres de l’intelligence des espèces.

1 – Washoe la guenon chimpanzé :

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Washoe apprenant l’ALS avec Beatrix Gardner.

Washoe est née à l’état sauvage en septembre 1965. Capturée à 10 mois, elle est ensuite recueillie par le couple Gardner, des scientifiques travaillant à l’université du Nevada, à Reno. Les deux amants ont très vite pour projet de faire de Washoe, le premier animal à apprendre un langage humain. Ce sera l’ALS, la langue des signes américaines. Et le résultat est là : Quatre années plus tard, Washoe connaît 132 signes (elle utilisera plus de 250 signes par la suite). La guenon est même capable d’inventer des insultes. Ainsi, alors qu’un des membres du projet, Roger. S. Fouts, lui refuse une promenade, Washoe n’hésite pas à l’insulter de « Sale Roger » pour exprimer son mécontentement.

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Washoe & Loulis.

Après avoir perdu deux bébés, l’équipe décide d’offrir un Washoe un fils adoptif, Loulis (né le 10 mai 1978).  Sa mère lui enseigne son premier signe à 8 jours & devient alors le premier primate à apprendre un langage humain d’un autre primate. Washoe continue à élever son fils & à lui enseigner l’ALS. Elle s’éteint en captivité à l’âge de 42 ans, le 30 octobre 2007 aux Etats-Unis. Loulis perd non seulement sa mère mais aussi ses amis par la suite. Son état alerte la Fauna Foundation & décide d’accélérer son plan de réintroduction dans un sanctuaire (déjà évoqué lorsque Washoe était encore en vie). Ainsi, en 2013, Loulis quitte le Human Communication Institute (CHCI) pour rejoindre avec d’autres chimpanzés, le seul sanctuaire de chimpanzés au Canada (à Carignan, Québec).

2 – Kluger Hans, le cheval :

 

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Kluger Hans, 1910.

 

Changeons totalement de registre & de forme d’intelligence en nous intéressant à la fabuleuse histoire de Kluger Hans (Hans le Malin). Ce Pur-Sang Arabe né en 1895 fut le fruit d’une expérience étonnante. Au début du XXème siècle, Wilheim Von Osten, professeur de mathématiques berlinois, a l’ambition folle d’apprendre le calcul mental aux animaux. Après quelques leçons & plusieurs tests sur un chat, un ours et son cheval nommé « Hans », le scientifique découvre que seul son équidé semble prometteur. Après 4 ans d’apprentissage du calcul & de la lecture, Wilheim décide de montrer au grand public les incroyables prouesses du cheval. Hans répond à aux questions par « oui » ou « non », il reconnaît les couleurs, compte & calcule grâce à ses mouvements de tête ou en tapant du sabot au sol. Le public est scotché, Hans est propulsé au rang de célébrité mondiale & attise la curiosité d’autres scientifiques qui sont à la fois fascinés & septiques. Un comité de 13 savants sous le nom de « la comission Hans », ne tarde pas à se réunir afin d’étudier le cheval pour voir s’il s’agit là d’une blague de mauvais goût. Or Hans semble vraisemblablement capable de résoudre des problèmes car il répond juste sans la présence de son maître. En 1907, une nouvelle comission enquête sur l’étrange cheval à travers trois autres examens. Hans est par exemple isolé de son interrogateur ainsi que de tout spectateur & on lui pose des questions dont l’interrogateur ignore les réponses. Résultat : le cheval ne parvient pas à viser juste. Oscar Pfungst, le scientifique à l’origine de ces tests, remarque alors que de minuscules mouvements du visage trahissent la réponse correcte & que Hans réagit en fonction de ces mouvements musculuraires.

 

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Kluger Hans & la foule.

 

Le « Clever Hans effect » est né. En psychologie, ce phénomène désigne le fait de transmettre & de percevoir continuellement des signaux subtils, généralement inconscients, au cours d’interactions sociales. Ces signaux sont susceptibles d’influencer le comportement d’autres personnes. Hans n’a peut-être pas prouvé une intelligence conceptuelle, mais il a révélé son intelligence sensorielle. Ce cheval perçoit des mouvements que l’humain ne remarque pas & détecte des postures comme des indices sur lesquels réussir.

3 – Alex, le perroquet :

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Alex & Irène Peppeberg.

Alex est un Gris du Gabon qui a vu le jour en 1976. Alors qu’il est en vente dans une animalerie, le jeune perroquet d’un an croise la route d’Irène Pepperberg, docteur en chimie. Cette dernière, passionnée par les études sur la communication animale, décide d’acheter l’oiseau  & le nomme Alex, qui représente l’acronyme Avian Learning Experiment (« Expérience d’Apprentissage Aviaire »). L’apprentissage d’Alex dure trois ans. Il parvient à nommer une cinquantaine d’objets différents, reconnaît 7 couleurs & 5 formes, & a la capacité de compter jusqu’à 6. Il est par ailleurs apte à formuler de simples & courtes phrases. Cette expérience est pour Irène, un moyen de combattre l’idée reçue que les perroquet ne font que répéter les mots qu’ils entendent, sans pour autant les comprendre. Alex est l’exemple même des perroquets qui ont l’intelligence de comprendre & d’utiliser un langage humain.

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Alex en plein exercice.

Le 6 septembre 2007 au soir, Alex regarde sa gardienne en rentrant dans sa cage & lui dit : « Sois sage, à demain ». Malheureusement, Alex ne verra jamais le lendemain. Il meurt à l’âge de 31 ans (ce qui semble jeune pour son espèce puisque les Gris du Gabon peuvent vivre juqu’à lâge de 60 ans à l’état sauvage). Par la suite, Irène Pepperberg crée la Alex Foundation. Une association qui a pour but d’étendre les travaux menés pour l’intelligence des perroquets, mais qui vise aussi à protéger les perroquets dans la nature & à développer la recherche vétérinaire sur les maladies psychologiques & le bien-être de cette famille d’oiseaux.

4 – Akeakamai & Phoenix, les dauphines : 

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Akeakamai & Phoenix.

Akeakamai (amoureuse de la sagesse en hawaiien) est née vers la fin des années 1970. A l’âge d’un an & demi, la Tursiops est capturée  avec Phoenix (une dauphine de son Pod ayant le même âge) dans le Golf du Mexique. Les deux dauphines alors détenues au Kewalo Basin Marine Mammal Laboratory à Hawaii, sont les sujets d’une expérience menée par Louis Herman, chercheur en communication & capacités cognitives des dauphins. Passionné de création de langues artificielles, il décide d’en inventer une pour Phoenix & Akeakamai. L’une apprend un langage acoustique produit par un générateur de sons électroniques, tandis que l’autre se voit à assimiler un langage visuel & gestuel, version simplifié du langage sourd-muets. Les cétacés apprennent une langue à la grammaire simple (sujet-verbe-complément) & comprennent une cinquantaine de mots, lesquels, assemblés de différentes manières, leur permettent de se servir couramment de plus de mille phrases, souvent non apprises par les entraîneurs. Les Tursiops étaient même capables de conceptualiser un objet. Par exemple un cerceau, n’était pas juste un « cerceau ». C’était aussi un « objet de grande taille percé d’un trou au milieu ».

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Phoenix avec l’un de ses jouets.

 

Cependant, malgré leur stimulation intellectuelle poussée, l’enfermement a eu raison de ces deux êtres exceptionnels. Celle que l’on surnomme Ake succombe à un cancer de la bouche après 5 ans de combat contre la maladie, le 22 novembre 2003. Phoenix suit, & meurt deux mois plus tard, le 10 janvier 2004. Elle présentait aussi une tumeur à la mâchoire. Leurs cendres furent rendues à l’océan, là où elles ont toujours appartenu.

5 – Koko la gorille : 

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Koko & Penny Patterson dans le documenaire de Barbet Schroeder

Koko vient au monde le 4 juillet 1971 au Zoo de San Francisco. Presque aussitôt elle tombe gravement malade & passe plusieurs mois à la pouponnière du Zoo. Penny Patterson, alors étudiante en psychologie à l’Université de Stanford, se prend d’affection pour le bébé gorille & a l’idée d’apprendre le langage des signes à Koko, afin de permettre à un gorille de communiquer avec des humains & devenir l’ambassadeur de son espèce. En deux semaines, Koko avait compris la langue des signes. A 5 ans, elle connaît déjà plus de 200 signes. Avec le temps, elle parvient à apprendre un millier de signes & en utilise couramment 500, sans compter ceux qu’elle a inventé (Koko comprend aussi l’anglais oral).Ainsi, Lorsqu’un mot lui manque dans son vocabulaire, elle invente un nouveau signe à partir de ceux qu’elle connaît déjà. Par exemple, Koko ne savait pas comment dire crudité « Brows », elle a donc inventé un signe à partir de sourcils « eyebrows » pour ajouter crudités à son vocabulaire.

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Koko faisant un câlin à un chaton, 1985.

Koko n’hésite pas non plus à exprimer ses émotions & ne se gêne pour dire ce qu’elle pense de son « amoureux » Ndume & de son « frère adoptif », Michael. Ce dernier apprend lui aussi la langue des signes, grâce à Koko & prouve que les gorilles sont capables de raconter des souvenirs. Michael, pourtant peu bavard & de nature introverti, a en effet raconté un traumatisme de son enfance, avant qu’il ne soit capturé. Il dit avoir vu sa mère abattue & dépecée sous ses yeux par des braconniers en Afrique. Un exemple saisissant de l’intelligence & de la sensibilité animale. Grâce à la célébrité de Koko & au don d’une grosse entreprise américaine, Penny a pu construire un sanctuaire pour les gorilles à Hawaii, dans lequel elle espère voir Koko, Michael & Ndume vivre après son décès :

« Koko n’a pas choisi de naître dans un zoo, elle n’a pas demandé à devenir un sujet d’expérience, elle n’a pas choisi, & je veux faire ce qu’il y a de mieux pour elle, pour Michael aussi & pour Ndume & pour tant d’autres gorilles qui ont besoin d’un refuge, d’un sanctuaire ».

Il aura peut-être fallu passer par ces scientifiques, pour révéler au grand public l’intelligence & la sensibilité de ces animaux, pour nous rendre compte de l’importance de leur existence sur Terre & de la protéger. Nous sommes forcés d’admettre qu’ils ont des formes d’intelligences bien plus complexes qu’il n’y paraît. Certains récits nous ont montré que la place des animaux n’était pas dans une cage, dans un bassin chloré, ni derrière les barreaux d’un zoo. En tant qu’humains, nous avons la capacité suffisante de comprendre qu’il est de notre responsabilité de donner aux animaux captifs ou nés en captivité, la meilleure vie possible. Chaque espèce mérite une vie décente, chaque être-vivant a le droit d’être maître de son destin & de connaître les joies de la Liberté.

« Il n’y a pas de beauté dans la Liberté volée »


Sources & supplément d’informations :

Le test du miroir : ICI

Les animaux sauvages découvrent le miroir : ICI

Article sur Washoe & les singes parlants dans Sciences & Avenir : ICI

Article sur Washoe dans Libération : ICI

Article sur Washoe dans Futura Sciences : ICI

Article de Hans le Malin dans Equi Clever H : ICI

Article de Hans le Malin sur les Sceptiques du Québec : ICI

Effets Hans le Malin : ICI

Article sur Alex dans Le Nouvel Obs : ICI

Article sur Alex dans Psychomédia : ICI

Article sur l’intelligence du perroquer dans France Culture : ICI 

Comment les perroquets s’y prennent pour parler dans Science & Vie : ICI

Vidéo sur Alex dans E=M6 : ICI

Alex Foundation : ICI (anglais)

Article sur l’expérience & la vie d’Akeakamai & ses compagnons dans Dauphin Libre: ICI

Vidéo d’Akeakamai sur la BBC : ICI (anglais)

Documentaire « Conversation avec Koko » : ICI

Vidéo sur l’alternative à la captivité animale : ICI

 

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6 réflexions sur “Récits sur l’intelligence animale

  1. C’est un sujet passionnant, toutes ces histoires sont très touchantes, elles nous montrent à quel point l’homme a méprisé les autres espèces.
    Je connaissais l’histoire de Koko, avec sa personnalité incroyable. La captivité des grands singes a aussi révélé, que certains souffraient de dépression et qu’ils refusaient de se reproduire.
    Dans un sujet un peu différent, les bébés éléphants dont la mère est tuée par des braconniers, font des cauchemars toutes les nuits.
    Dans cette histoire, c’est la bêtise humaine qui fait tache, croyant que les animaux ne sont doués ni de sensibilité ni d’intelligence… Arrêtons de les sous-estimer.
    Bises,
    Ciiko

    Aimé par 1 personne

    • On a tendance à oublier qu’en face de nous se tiennent des êtres intelligent. Cet article montre, qu’ils sont capables de s’adapter à nous, à nos désirs & à notre « culture » (linguistique en tout cas), alors pour une fois, peut-être pourrions-nous essayer de les comprendre 🙂

      Bises,
      Marion

      J'aime

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