Le dernier voyage des animaux d’élevage.

Suite aux dernières révélations de L214 sur les abattoirs français (Alès, le Vigan & Mauléon-Licharre), de plus en plus de personnes ont commencé à se poser des questions sur le bien-être des animaux derrière ces murs où règnent en maître le sang & les cris. Les méthodes d’élevage & les dérives de l’agro-industrie commencent aussi à être pointées du doigt par l’opinion publique, qui se sensibilise petit à petit à la cause des êtres sentients voués à être tués pour leur chair. Parmi les deux étapes – élevage & abattage – que représentent l’industrie de la viande, il y en a une que l’on oublie trop souvent, bien qu’elle non plus n’épargne pas les animaux ; le transport vers l’abattoir, véritable torture subie par des millions d’animaux nommés froidement « bétails ».

DE LA RÈGLEMENTATION À LA RÉALITÉ :

Le transport d’animaux destinés à l’abattoir est soumis à un certain nombre de règles, mises en oeuvre essentiellement pour diminuer le stress – inévitable – des animaux (non pas tant pour le bien-être animal, mais pour la qualité de sa viande & de sa valeur marchande. Faut pas déconner non plus !). Selon un rapport de l’Organisme Mondiale de la Santé & de la Food and Agriculture Organization, toutes les mesures européennes sont prises pour que les animaux ne souffrent pas pendant leur dernier voyage. Ainsi, dès l’embarquement, le « bétail » est contrôlé par un vétérinaire afin qu’aucun blessé, faible, ou malade ne soit transporté (en réalité la décision revient au personnel sur place s’il n’y a pas de vétérinaire, laissant la liberté de transporter un animal, qu’importe son état de santé). Les femelles gestantes & les très jeunes animaux n’ont pas le droit non plus d’être emportés, en principe. Là encore, l’interprétation est libre chez les professionnels de l’agro-industrie, puisqu’on sait que que des femelles gestantes ont déjà mis bas dans le couloir de la mort (on compterait des milliers de vaches encore enceintes lors de leur mise à mort) & que les chevreaux & les veaux sont amenés à l’abattoir, en faisant un voyage qui peut durer jusque 19h.

17-lapins-entasses-cages-transport-2007
Lapins confinés en cage sans pouvoir bouger.

D’ailleurs parlons-en du temps de route avant d’arriver à l’abattoir. En France bien qu’il soit stipulé que chaque animal doit être abattu le plus près possible de l’endroit où il a été élevé & que la durée du transport doit être limitée au maximum, la réalité est pourtant toute autre. En effet, il n’est pas rare que les animaux subissent des voyages de 40h sans nourriture, ni eau, ni repos. Et malgré la règle du « circuit court », ce ne sont pourtant près de deux millions « d’animaux de boucherie » qui sont exportés de France pour être tués à l’étranger chaque année ( 1 753 900 d’animaux exportés en 2003). Mais alors pourquoi transgresser la règle du « circuit court » ? Tout simplement pour des raisons mercantiles. Certains abattoirs n’ont pas assez d’élevages à proximité & décident donc de payer davantage pour avoir des animaux venant de beaucoup plus loin afin de pouvoir fonctionner à plein régime & pérenniser l’économie de leur entreprise. La compassion s’arrête là où l’appât du gain commence.

La notion de « bien-être » est alors remise en question, pour ne pas dire totalement bafouée. L’anxiété des animaux est présente & la souffrance n’est pas rare : Piétinement, épuisement, combats entre animaux, asphyxie, malaise cardiaque, déshydratation, … Cette maltraitance est fréquemment soulignée par les associations, comme One Voice, qui enquête régulièrement sur le transport des animaux dits de « rente » :

« One Voice a également travaillé avec les autorités pour contrôler les camions de transport des animaux en France. Ses enquêteurs ont été témoins des souffrances terribles dont ils étaient victimes. L’un d’eux accompagnait la police quand celle-ci a arrêté un camion en provenance d’Espagne. Il transportait vingt-sept chevaux vers la Belgique. À l’intérieur, la situation était cauchemardesque : les chevaux, terrorisés, souffraient de malnutrition et de déshydratation. Certains présentaient des blessures graves. Un cheval est mort avant l’arrivée du vétérinaire, un autre a dû être euthanasié. Un troisième ne survivra pas malgré les soins prodigués.

Au cours d’autres opérations, nos enquêteurs ont trouvé des veaux souffrant de faim et de soif : venus d’Irlande, ils traversaient la France pour aller en Espagne. Des cochons en provenance de Hollande et qu’on envoyait en Grèce ont également été découverts dans un état similaire.»

1578246175
Chevreaux enfermés dans des cages à dinde.

LA JUSTICE À L’ENCONTRE DE LA MORALE :

1532771_3_d46b_en-aout-2000-des-betes-sont-chargees-dans_a6e31df7fde63bb86f725405661d5db9 

Un constat catastrophique qui ne semble pourtant pas alarmer quelconque autorité. Alors, dans ce genre de situation seule la mobilisation des citoyens peut changer la donne. Ainsi, plusieurs associations se rendent aux abords des abattoirs, afin d’abreuver & d’apporter un peu de soutien à des animaux épuisés après de longues heures de route. Des actions vues d’un très mauvaise oeil, qui peuvent coûter une assignation en Justice. C’est le cas d’une militante de Toronto Pig Saveune organisation de défense animale canadienne qui part chaque semaine à la rencontre des animaux encore enfermés dans des camions, devant un abattoir près de Toronto. Le 22 Juin 2015, sous un soleil de plomb, Anita Krajnc donne un peu d’eau aux cochons haletants à cause de la chaleur. Très vite, le conducteur du camion lui ordonne de partir, mais Anita refuse de laisser ces animaux dans leur détresse & finit ce pour quoi elle est venue. Pour avoir donné à boire à des cochons complètement déshydratés, Anita s’est vue convoquer au tribunal & risque jusqu’à 10 ans de prison. Une souffrance volontairement mise sous silence par une justice qui punit ceux qui osent s’en insurger.

cochon-toronto-louise-jorgensen

Pourtant les cochons ne sont pas censés être confinés dans un camion en plein jour d’été. Ces animaux sont réputés pour être très sensibles au stress & à la chaleur. De ce fait, ils devraient normalement être conduits de nuit pour éviter de souffrir du soleil (la peau claire des cochons les rend très vulnérables aux coups de soleil). De plus, une mauvaise ventilation dans le camion qui les transporte peut leur être fatale & ainsi succomber après un long temps de suffocation.

Que reste t-il alors aux animaux de ferme si même le peu de règles mises en place pour minimiser leur souffrance sont transgressées en toute impunité & pire, si la Justice criminalise notre empathie à leur égard ? Que ce soit l’élevage, l’abattage ou la passerelle entre ces deux étapes, on ne retient finalement que la vie de misère vécue par ces êtres sensibles. Une tragique existence qui s’empirera pour les générations futures (cf ; la ferme des 1 000 vaches en France ou des 40 000 vaches aux Etats-Unis) si nous ne repensons pas tous dès maintenant la place de l’animal dans la société.

« Dans la vie, nous avons le choix: si vous voyez quelqu’un souffrir, vous pouvez lui tourner le dos. Ou vous pouvez vous en approcher et essayer de l’aider. Je pense qu’il est de notre devoir de témoigner, et de venir en aide à ceux qui souffrent.»

Anita Krajnc.

cochon-toronto-anita-krajnc-2


Sources & supplément d’infos :

1900 « animaux de boucherie » sont abattus dans le monde chaque seconde : ICI

Pétition pour arrêter le long transport des animaux vivants (elle sera envoyée au Ministre de l’Agriculture) : ICI

Rapport de l’OMS/FAO : ICI

Législation sur la protection animale (transport) sur le site de L214 : ICI

« Le transport des animaux « d’élevage » ; le voyage vers l’abattoir », enquête de One Voice : ICI

Transport d’animaux vivants sur Welfarm : ICI

« Des milliers de vaches gestantes dans les abattoirs » sur Domaine des douages : ICI

« Au tribunal pour avoir abreuvé des cochons assoifés » sur le site de L214 : ICI

Site de Toronto Pig Save : ICI

Page Facebook de Toronto Pig Save : ICI

« Les activistes attendent les transports de cochons devant l’abattoir » sur la page Facebook d’Animal Rights Belgique & France : ICI

L’association Bite Back attaquée en Justice pour avoir révélé la réalité des élevages porcins en Flandre (pétition de soutien) : ICI

Page Facebook de Bite Back : ICI (néerlandais)

La vie des animaux d’élevage sur le site de L214 : ICI

Publicités

6 réflexions sur “Le dernier voyage des animaux d’élevage.

  1. J’ai eu bien du mal à lire ton article car je ne peux voir de telles photos ! C’est aussi la raison pour laquelle je ne peux regarder de reportages sur la condition animale, c’est pas possible, les images restent scotchées dans mon esprit pour des jours et des nuits, parfois des années.
    Alors, j’ai lu entre les photos, et je trouve que c’est très important d’évoquer ce transport morbide, il est vrai qu’on en parle peu, mais on parle peu des animaux de toutes façons.
    Concernant la justice, je ne suis malheureusement pas étonnée, le travail à parcourir est énorme et la résistance féroce pour faire évoluer les mentalités. Rappelle toi les décisions concernant la corrida ou la place en tant qu’être sensible, c’est pas si vieux !!!
    Merci Marion pour cet article, bises.

    Aimé par 1 personne

    • Je comprends, j’ai moi-même du mal à montrer ce genre de choses, mais elles sont nécessaires (j’ai essayé de prendre les photos les « moins » terribles possibe).
      Le combat est long comme tu dis, & quand je vois que dernièrement il est question d’inscrire le cirque avec animaux au patrimoine culturel français, je me dis que nous allons encore avoir beaucoup de mal pour rendre justice aux animaux …

      Bises,
      Marion

      J'aime

  2. Il est 17 heures à Brest, il fait chaud et je viens de croiser au rond-point un camion gigantesque transportant des cochons : il y en a un qui mordait les barreaux… Je suis anéantie, les larmes coulent , je ne sais plus que faire, à part donner de l’argent et signer des pétitions, je me sens impuissante…

    Aimé par 1 personne

    • Je comprends ta peine & ton sentiment d’impuissance, ce que tu as vu a du être déchirant…
      Malgré tout ce que tu fais n’est pas vain, signer des pétitions, faire des dons pour aider les associations & agir éthiquement ça participe à la cause des animaux de ferme. Chaque geste compte, même ceux que l’on pense insignifiants ❤

      Courage ❤
      Marion

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s