Disney & son ambiguïté sur la captivité des animaux marins.

Qui n’a jamais été ébloui par la beauté de Finding Nemo (Le monde de Némo pour les francophones) ? Le cinquième long-métrage des studios Pixar est sans doute le plus abouti esthétiquement parlant. Tout y est somptueux ; les textures, les couleurs, le design… Il faut dire que l’univers choisi – la barrière de corail australienne – laissait de grandes possibilités artistiques à l’équipe du film! Mais la beauté de Finding Nemo n’est pas seulement visuelle, elle se trouve aussi dans son message:

♦ Les animaux marins n’appartiennent qu’à leur habitat naturel ♦

13 ans plus tard, l’équipe remet le couvert avec le même message, cette fois-ci beaucoup plus perceptible. Avec Finding Dory (ou Le monde de Dory), nous retrouvons nos héros un an après leurs aventures du premier opus, mais cette fois-ci c’est notre célèbre poisson-chirurgien qui sera au centre de l’intrigue. Dory, atteinte de mémoire immédiate déficiente, parvient à retrouver des bribes de souvenirs concernant ses parents, ce qui la poussera à partir à la recherche de ses origines en compagnie de Marin & Némo. Une nouvelle fois les protagonistes traverseront l’océan, jusqu’à pénétrer au coeur d’un centre de soin pour animaux marins aux airs de parc d’attraction.

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Et c’est là que le réalisateur Andrew Stanton nous amène doucement vers une critique de la captivité des animaux marins. Petit à petit, nous voyons ce qui cloche dans l’enfermement d’êtres sensibles & les dérives de ces lieux de loisir (non respect & violence de la part des visiteurs par exemple), jusqu’à la magnifique tirade de Dory qui répond aux faux-arguments clichés des pro-captifs & qui ne laisse plus de doute, quant au parti-pris de l’équipe du film :

« Qu’est-ce qu’il y a de si bien avec les plans ? Je n’ai jamais eu aucun plan. Est-ce que j’ai eu l’intention de perdre mes parents ? Non. Est-ce que j’ai prévu de rencontrer Marin ? Non. Est-ce que notre rencontre était plannifiée ? Non. Je ne crois pas que ce soit le cas & c’est parce que les meilleures choses arrivent par hasard. C’est la vie. Et c’est pourquoi tu dois être avec moi dans l’océan & pas « à l’abris » dans une stupide boîte en verre.

Une amie à moi […] m’a dit une fois que tout ce qu’il faut dans la vie, ce sont trois mots :

Sauvetage, réhabilitation & une autre chose… Libération ! »

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Destiny la requin-baleine & Bailey le Béluga.

Ce qui a motivé Pixar à délivrer ce message, c’est Blackfish, réalisé par Gabriela Cowperthwaite. Andrew Stanton aurait alors changé son script suite au visionnage du documentaire pour que ce qui était un simple centre de réhabilitation marin au départ, ressemble davantage à un delphinarium classique, faisant ainsi de Finding Dory un Blackfish, cette fois-ci, destiné aux enfants.

« Ils ont dit [Pixar] à Gabriela qu’ils ne voulaient pas voir ce film dans 50 ans en se disant que c’était leur « Mélodie du Sud« , une comédie musicale de Disney sortie en 1946 & considérée comme raciste ».

Une belle leçon de vie & d’empathie Made in Disney, qui reste cependant bien ambigu sur la question. En effet, dans son parc d’attraction d’Orlando en Floride, Disney détient des dauphins depuis les années 1980. Suite au rachat de Pixar en 2006, Disney décide de renommer son pavillon marin situé à EPCOT (second parc de Disney World) « The Seas with Nemo & Friends » (La mer avec Némo & ses amis). Ironique quand on connaît la morale des deux films (ou gros pied de nez à Pixar, au choix)!

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Nager avec des dauphins chez Disney (photo du site officiel).

Dans ce pavillon féerique où croupissent 4 dauphins Tursiops actuellement (Ranier le capturé & les nés captifs Malabar, Calvin & Khyber), vous avez la possibilité de jouer au soigneur d’un jour en caressant & en nageant avec ces cétacés via la programme Dolphins in Depths, à condition de payer la maudique somme de 199$. Si vous n’avez pas les moyens de vous offrir cette activité, le parc propose un show à travers les vitres du bassin. Bassin d’une incroyable petitesse, aussi bien décoré qu’un vulgaire aquarium bon marché.

Depuis les premières captures en 1985, j’ai compté 7 dauphins morts dans l’enceinte de Disney World, à l’aide de Ceta Base, la plus grande base de données d’animaux marins capturés & détenus dans des parcs. Aucun de ces dauphins décédés n’a atteint l’espérance de vie moyenne de leurs semblables libres. Alors qu’on constate qu’un Tursiops sauvage peut vivre entre 40 & 50 ans, la moyenne d’âge des Tursiops morts chez Mickey est de 11 ans ! Bob ayant vécu le plus longtemps, s’est éteint à l’âge de 24 ans, tandis que Bridgit, née au parc en 2004 n’a même pas vécu 3 mois. Néanmoins, aujourd’hui Ranier, le doyen du bassin capturé à l’âge de 7 ans dans le Golfe du Mexique pour « servir » dans la marine américaine avant de rejoindre EPCOT, a quand même atteint les 35 ans. Malgré tout, je n’ai pas réussi à avoir des informations sur leur état de santé (cependant, vu les vidéos que j’ai regardées & connaissant la captivité des cétacés au sens large, je ne pense pas que ce soit l’éclate chez Mickey).

Le parc affirme que les dauphins sont ici pour un programme de recherche & de conservation, mais une fois sur place, on se rend compte qu’il n’y a ni programme de recherche & encore moins de conservation puisque les 4 dauphins présents sont des mâles (il va falloir reprendre les cours de SVT donc). Quant à l’éducation des enfants sur les dauphins, on repassera car il est évident qu’on ne peut pas étudier un animal captif, comme on étudie un animal sauvage.

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EPCOT Seas Adventures.

Outre les dauphins, le parc jouit aussi d’être le propriétaire d’autres animaux marins captifs (requins, raies lamantins, tortues, etc…), mais encore une fois on dispose de très peu d’informations à ce sujet, si ce n’est que le bassin des raies est en partie tactile. Plusieurs questions se posent donc ; Comment une licence qui sort en salle deux films contre la captivité, persiste à cautionner celle-ci entre ses murs sans que personne ne s’y insurge, ou presque ? Combien de temps Disney pourra encore jouer sur deux tableaux & berner à ce point ses fans ? Finding Dory marquera t-il la fin de la captivité à EPCOT ? Pour l’heure, rien n’est sûr. Le Dolphins in Depth ne craint malheureusement pas grand chose tant qu’il restera bien caché dans l’ombre des fameux Seaquarium de Miami ou autres Seaworld. Seule sa mise en lumière & la divulgation d’informations pourra faire pencher la balance en faveur des cétacés & autres prisonniers marins de Disney.


Sources & supplément d’infos : 

Finding Nemo/Finding Dory des studios Disney/Pixar (visionnage des films en anglais)

« Pixar a changé la fin de la suite de Finding Nemo, ne faisant pas la promo de la captivité »  sur Take part : ICI (anglais)

« Finding Dory envoie un message clair à SeaWorld » sur The Dodo : ICI (anglais)

« EPCOT Seas Adventures – Dolphins in Depth » sur le site officiel de Disney World : ICI (anglais)

« Dolphins in Depth à EPCOT-Disney World » sur Hubpages : ICI (anglais)

PDF complet des données de cétacés & pinnipèdes captifs sur Ceta-Base : ICI (anglais)

« Disney’s dismal dolphins – no male believe here » sur The Dolphin Project : ICI (anglais)

« Les dauphins de Walt Disney World » sur Free dolphins Belgium : ICI

Fiche du dauphin Tursiops (race des dauphins chez Disney) sur le site de NOAA : ICI

N’oubliez pas non plus la manifestation annuelle du 14 Août devant le Marineland d’Antibes pour faire cesser la captivité des cétacés. Voici un clip vidéo que j’ai réalisé avec l’association C’est Assez qui vous expliquera tout 🙂

(Les sous-titres pour les malentendants sont disponibles).

 

 

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4 réflexions sur “Disney & son ambiguïté sur la captivité des animaux marins.

  1. Passionnant ton article, avec une réflexion très intéressante ! Je ne savais même pas que Disney proposait ce genre d' »animations »… Quand on y réfléchit, tout ça est en effet assez contradictoire… Personne ne les a chatouillés jusque là à ce sujet ?

    Aimé par 1 personne

    • Merci 🙂 . Et oui malheureusement Disney arrive à s’en sortir concernant la captivité des cétacés. J’ignore pourquoi d’ailleurs (peut-être que le Miami Seaquarium & Lolita prennent toute l’attention en Floride). La seule association qui en parle aux USA est The Dolphin Project (asso de Richard O’Barry). C’est étrange en effet, surtout avec la sortie de Finding Dory.

      Enfin, j’espère que ça va changer 🙂

      Bises,
      Marion

      J'aime

  2. Très bonne analyse des contradictions de cette immense entreprise qu’est Disney ! Merci pour cet article fouillé, et pour tous ces liens vers d’autres pages très intéressantes (espérons qu’avec cet article tu réussisses à populariser Ceta Base, une vraie mine d’informations !).

    Si je peux me permettre une toute petite critique, le passage sur les âges qu’avaient les dauphins quand ils sont morts fait l’erreur de mélanger la notion d’espérance de vie (ou longévité moyenne) à celle de longévité maximale. Par exemple, quand tu écris « un Tursiops sauvage peut vivre entre 40 & 50 ans » c’est une longévité maximale, l’âge que peut atteindre un dauphin sauvage, c’est un potentiel, tu ne peux donc pas la comparer avec « la moyenne d’âge des Tursiops morts chez Mickey » parce que c’est une espérance de vie (longévité moyenne de cette population). Ce sont deux notions très différentes qui ne signifient pas la même chose. En tant qu’opposant à la captivité des cétacés il est important de faire attention à ça, car la première chose que font les scientifiques qui travaillent pour les delphinariums c’est de nous discréditer en mettant en avant le fait que beaucoup mélangent ces notions.
    En plus de ça, quand on cherche à comparer les espérances de vie entre dauphins captifs et dauphins libres on se heurte vite au fait qu’il y a des variations d’une population captive à une autre, mais aussi d’une population sauvage à une autre, et que beaucoup de populations sauvages ne n’ont pas été étudiées (notamment les populations nomades qui ont probablement une espérance de vie différente des populations côtières sédentaires qui sont les plus étudiées)… etc.
    Je suis convaincu que l’espérance de vie est moindre chez les captifs, mais ce n’est qu’un sentiment, et le démontrer scientifiquement est très très compliqué.

    Merci encore pour cet article !

    Aimé par 1 personne

    • Bonjour Théo,

      D’abord merci pour ton commentaire, je suis contente que l’article t’ait plu. Comme toi, j’espère que les personnes qui lisent cet article seront curieuses d’aller voir du côté de Ceta Base (qui est un site très complet sur la captivité).

      Merci aussi d’avoir corrigé mes maladresses (je n’ai décidément pas l’âme méticuleuse d’une scientifique…). Il est vrai que je ne me suis basée que sur le chiffre de NOAA & qu’il aurait fallu plus creuser sur les différentes populations comme tu dis. En tout cas, tu m’as appris pas mal de choses à discerner & je tâcherai de m’en souvenir & d’appliquer ces leçons dans de prochains articles car il est vrai qu’en tant « qu’anti-captivité » on se doit d’être le plus clean possible, si j’ose dire.

      Bref merci & bises !

      Marion

      J'aime

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