Raconte-moi une adoption #7 : Mélany & son combat pour Hakaï.

Les vacances sont terminées & le couperet est tombé. +20% d’abandon cette année par rapport à l’été 2015. C’est donc plus motivée que jamais que j’ai eu envie de reprendre mes entretiens avec ceux qui décident de passer par l’adoption & de montrer l’importance de sauver ces vies délaissées.

Pour cette rentrée, c’est Mélany qui a eu la gentillesse de répondre à mes questions & de nous raconter son histoire avec Hakaï, une chatte handicapée qu’elle a recueillie alors qu’elle errait dans un élevage de vaches laitières. Une aventure non sans embûches, mais qui révèle un amour profond entre Hakaï & son humaine.

Bonjour Mélany, je suis très contente de te recevoir pour le retour de cette rubrique. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur toi & tes protégés ? 


Bonjour à tous!

Moi c’est Mélany, 27 ans & bénévole dans un refuge depuis un peu plus de 5 ans. À la maison on est relativement nombreux. Par ordre d’arrivée il y a Hakaï, Mitou le poney acheté sauvage par un club qui n’a jamais réussi a lui faire prendre confiance en l’homme, (après un an a m’occuper de lui je l’ai racheté), Cannelle une Spitz, arrivée il y a 3 ans en Famille d’Accueil de sociabilisation (j’ai finalement craqué), Zoé (chatte de monsieur qu’il avait trouvé dans une poubelle alors qu’elle avait tout juste deux mois, bien avant notre rencontre) et Jinie croisée chien chinois, arrivée il y a un an en Famille d’Accueil d’éducation (& nouveau craquage donc).

Cela fait un beau petit monde.! Quelle a été ta première expérience d’adoption ? Q’uest-ce qui t’a poussé à adopter ? 

Ma coloc’ avait des souris mais ne s’en occupait pas plus que ça. Je suis donc allée sur un forum spécialisé – Le forum des souris – pour y prendre des infos pour elle, et puis à force de lire les histoires des autres j’ai voulu en vivre une. Chez les souris les mâles vivent seuls (sauf cas exceptionnel) car ils se battent entre eux, a contrario des femelles qui dépriment si elles se retrouvent seules. Du coup, c’est plus compliqué pour les Assos et FA de gérer les mâles (puisqu’il faut qu’ils soient seuls dans une cage), et puis ils sont généralement plus proches de leur humain de compagnie que les femelles, alors j’ai craqué sur un mâle ; Silphium.

La mère de Silphium était une enfermée dans une cage abandonnée dans un parc. Des gens l’ont trouvée dans ce parc sous la pluie & ils l’ont récupérée. Là sont nés Silphium & d’autres petits. Lorsque Silphium est mort, j’ai repriss d’autres souris mâles. Ont alors suivi Francin (trouvé errant dans Paris), puis Fonio (abandonné malade et blessé par une fille qui avait acheté deux mâles en animalerie). Après j’ai eu des chats en Famille d’Accueil et ce n’était plus possible d’avoir des souris. Mais en avoir me manque parfois. Le jours où je pourrais à nouveau adopter des rongeurs, je pense que je me tournerais vers les rats qui m’intéressent beaucoup aussi. ^^

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 Ton histoire avec Silphium a du être très enrichisante. Tu m’as appris quelques trucs sur les souris en plus (& je suis sûre que c’est le cas pour beaucoup de nos lecteurs). Aujourd’hui, comme tu l’as dit, tu n’as plus de souris mais tu as pris sous ton aile Hakaï, une jolie petite minette handicapée. Peux-tu nous raconter votre rencontre ?


Oui, Hakaï est arrivée à l’époque j’avais encore Francin.
Je travaillais au contrôle laitier (je n’en suis aujourd’hui plus capable… Je suis devenue Végé). Un soir j’allais dans un élevage que je découvrais. Vaches laitières, sur place & pas mal de chats dont Hakaï. Au premier regard je l’ai prise pour un chaton de 2 mois à peine,. Alors que je commençais mon travail elle est venue me chercher pour un câlin. C’est là que j’ai découvert qu’elle n’avait pas 2 mois mais 6. Un squelette ambulant, un œil avec un monstrueux ulcère perforant infecté (le véto plus tard a craint la septicémie), minuscule pour son âge ….& surtout la mâchoire bloquée.

J’ai posé quelques questions aux autres employés du site & j’appris qu’elle étais plus ou moins née avec la mâchoire comme ça & que son frère (que j’ai vu aussi …. et qui m’a croqué les doigts ^^), lui, est totalement normal. J’appris aussi, qu’ils l’avaient montrée au vétérinaire s’occupant des vaches, mais que celui-ci ne proposait que l’euthanasie, chose qu’ils refusaient. Elle était donc restée comme ça depuis, à laper un peu de lait après chaque traite & c’est tout …
Ce soir là je leur ai demandé la permission de l’emmener (que j’ai eu) mais je l’ai laissée sur place. Le lendemain j’appelais la directrice du refuge où j’étais bénévole. Elle m’a dit de l’amener chez son veto & la récupérer dès ma sortie de boulot.

Verdict du vétérinaire : sa mâchoire? un virus qui a détruit les muscles qui sont totalement bloqués, inutilisables. Son œil? sauvable avec gros traitement antibiotique. Elle n’y voyait évidement rien de cet œil, mais vu sa fragilité on préférait éviter l’opération pour énucléer.

Elle a aussi fait des syncopes révélant une fragilité cardiaque qui est traitée.
Elle pesait à l’époque 400gr …. ce qui est ridicule pour une chatte de 6 mois.

Malgré tout, il restait une question ; était-elle & sera t-elle capable de se nourrir seule ? Sans réponse positive, c’était impossible de la garder en vie. J’ai donc tenté le coup. Elle a mangé de la pâté pour chat convalescent, puis de la pâté normale que je remixais …. & finalement elle s’en sortait seule (en s’en mettant partout au début & puis elle a pris le coup). Aujourd’hui elle gobe les croquettes. Avec le temps elle a aussi appris à se laver seule. Si sa mâchoire est totalement bloquée, sa langue elle fonctionne très bien & c’est ça qui l’a sauvée. Ça & une véritable volonté de vivre qui lui aura permis de survivre à ses 6 premiers mois dans cet élevage.
Elle a gardé son tout petit gabarit (aujourd’hui a 6 ans elle fait tout juste 2kg) mais vit sa vie tranquillement, en se débrouillant.

Par la suite, elle a malheureusement attrapé le FELV, suite à un loupé de quarantaine avec des chatons orphelins, mais même si elle est positive la maladie ne s’est pas déclarée. On croise les doigts pour que ça arrive le plus tard possible.

On sent que tu as une relation très proche avec Hakaï. Néanmoins, avais-tu une appréhension en adoptant un animal handicapé ? Quels sont les différences entre Hakaï & un chat dit « normal » ?


Oui pas mal, mais c’était surtout parce que je n’avais pas la moindre idée de la qualité de vie qu’elle aurait. Si à l’époque j’avais su qu’elle s’en sortirait quasi comme un chat normal, je n’aurais eu aucun doute. Mais comme j’ignorais tout ça & que je ne savais pas si sa vie ne serait que souffrance ou non, à chaque rechute, la question de l’euthanasie revenait (il m’a fallu presque 6 mois pour la tirer d’affaire). Je me demandais si je ne me m’acharnais pas en vain, si je ne la faisais pas souffrir pour rien. Au final je n’ai aucun regret !

Évidemment le gros point est l’alimentation. Il faut mixer chaque pâté rien que pour elle. Quant aux croquettes, elles doivent être rondes & plates sinon elle n’arrive pas à les manger. Ceci dit, c’est une habitude à prendre.

Hakaï & sa machoire bloquée. Elle ne peut ni l’ouvrir, ni la fermer.

Ensuite à cause de son cœur on a jamais pris le risque de l’anesthésier … et par conséquent de la stériliser. Je suis totalement pour la stérilisation bien sûr de manière général ; je vois toutes les semaines les chatons débarqués au refuge, souvent en mauvais état, mais pour elle ce n’est pas envisageable. Du coup on gère les chaleurs avec sa véto par injection. ce n’est pas idéal & il y a un fort risque de tumeur sur le long terme, mais entre cette option & risquer de la perdre des suites d’une anesthésie … le choix est vite fait.

De même elle serait totalement incapable de se défendre en cas de problème donc elle ne sort pas. Et puis avec le FELV je ne veux pas contaminer les chats du voisinage.

Est-ce qu’on peut dire que cette adoption a changé quelque chose en toi & a été un point marquant de ta vie ?


Oui bien sûr. En dehors des souris (qui ont besoin d’autant d’attention & de soins que les autres animaux) Hakaï est mon premier animal « à moi ». L’espérance de vie des souris étant ce qu’elle est c’est la seule des premiers animaux que j’ai eu à être encore là. C’est ma princesse, ma petite battante …
Après je ne la considère absolument pas comme différente d’un autre chat. Elle n’a absolument pas conscience de son handicap (d’autant qu’elle est quasi « née » »comme ça) et donc je n’y prête pas plus attention que ça (en dehors des repas).

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Les animaux handicapés n’ont malheureusement pas beaucoup de succès pour l’adoption. Penses-tu que les associations devraient davantage mettre en avant ces animaux en « dehors de la norme » pour favoriser leur adoption ? Que voudrais-tu dire pour balayer les clichés sur l’adoption d’animaux handicapés ?


Les handicapés ont tout autant le droit à leur chance que les autres.  Ce sont des animaux comme les autres. Ils ont parfois besoin de petits aménagement mais ce n’est pas bien compliqué à faire & certains handicapés n’en ont même pas besoin … Après il faut juste être conscient de ses capacités d’adaptions (je sais que je serais incapable de gérer un aveugle … je n’ai jamais rien à la même place ^^) & faire en fonction. Mais un tri-pattes par exemple ne me semble absolument pas ingérable dans mon cas ! Il faut juste les voir comme des animaux « normaux » & se dire que même un « normal » aura besoin d’aménagement lié a son caractère !

Durant l’été, on a noté une hausse des abandons (+24%), malgré les campagnes de sensibilisation de plus en plus présentes. Comment penses-tu qu’on puisse, à défaut d’éradiquer, au moins baisser ce triste chiffre d’abandon ?


Je rejoins totalement la directrice du refuge dans lequel je suis bénévole ….LE mot qu’il faudrait répéter en boucle, à tout le monde & réussir à leur faire rentrer dans la tête, c’est stérilisation.
Plus de stérilisations, moins de futurs malheureux qui naissent (& qui prennent la place de ceux déjà dans le besoin), puis moins d’abandons. Ici au refuge on ne voit pas trop de différence en nombre d’abandons entre la période des vacances ou non. C’est la catastrophe en permanence (pourtant ici on est spécialisé dans les animaux âgés même si on en a de tout âge). Mais on voit une vraie vague de bébés (chatons ou chiots) en période de naissance … le problème serait fortement limité si les gens était plus responsable vis à vis de la reproduction de leurs adultes.

Enfin, aurais-tu une ou plusieurs anecdotes à raconter sur Hakaï ou tes autres loulous ?

Hakaï n’a évidement jamais eu de chatons, par contre elle a vu passé à la maison plusieurs portées d’orphelins. Elle les a toujours maternés comme si c’était les siens. On reconnait toujours les chatons en question à un petit détail. Hakaï, même si elle miaule normalement fait également un espèce de petits roucoulement que je n’ai jamais entendu un autre chat faire … a l’exception des chatons qu’elle a élevés (malgré qu’ils la dépassaient en taille vers 3/4 mois).

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Hakaï jouant à la Maman.

Merci beaucoup Mélany d’avoir mis en lumière l’histoire d’Hakaï & par la même occasion les animaux handicapés, qui méritent tout autant que les autres d’être aimés & de trouver leur famille pour la vie. Je te souhaite encore de très beaux jours avec Hakaï & tous tes autres animaux, & j’espère que tu pourras revivre avec des rats ou des souris un jour 🙂 


 Supplément d’infos : 

Mélany est bénévole pour l’association Au bonheur des 4 pattes qui organise d’ailleurs une journée « Portes ouvertes » dans leur refuge le 11 septembre. Plus d’infos sur leur site internet : http://aubonheurdes4pattes.com/

Si vous souhaitez vous aussi participer à « Raconte-moi une adoption« , il suffit de mail à l’adresse contact.eucalyptuseater@gmail.com ou un message privé sur la page Facebook Eucalyptus Eater  . Je vous répondrai dans les plus brefs délais 🙂

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3 réflexions sur “Raconte-moi une adoption #7 : Mélany & son combat pour Hakaï.

  1. Témoignage très touchant ! félicitations à Mélany pour son engagement. J’ai déjà été famille d’accueil, et c’est difficile de ne pas s’attacher à ces minous dans le besoin. Heureusement, on a pu leur trouver une famille d’accueil et je sais qu’ils sont heureux. Par contre, tout le processus de soins + recherche de famille définitive m’a beaucoup affecté (trop sensible), je ne pourrai pas le refaire tout de suite mais j’espère un jour oui. En attendant, je suis bénévole dans une SPA où chaque semaine je passe du temps à câliner les chats, je crois que ça me fait autant de bien qu’à eux (plus mon chat que je dorlote un peu trop !) 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Oui c’est vrai que son témoignage est très touchant. Bravo à toi aussi d’avoir été FA puis maintenant bénévole 🙂 . Pour ma part j’aimerais beaucoup devenir FA un jour aussi, mais j’ai peur d’être trop sensible aussi. Enfin je tenterais quand même l’expérience lorsque j’aurais plus de place chez moi 🙂

      Bises,
      Marion

      Aimé par 1 personne

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