Quand on ne sait plus dire STOP : Le syndrome de Noé.

Tout le monde connaît de près ou de loin le récit de l’Arche de Noé. Dans la Genèse, Noé, doit construire une Arche lui permettant de survivre lui & sa famille au déluge – lancé par Dieu – visant à exterminer toute forme de vie sur Terre. Toute forme de vie ? Pas exactement, puisque Dieu ordonne à Noé de prendre dans son arche un couple de chaque espèce animale, afin de repeupler la planète après le déluge (bon, après il y a une histoire de sacrifice animal mais c’est un autre sujet..).

Aujourd’hui le terme Arche de Noé est entré dans le langage courant puisqu’il qualifie la demeure d’une personne ayant différents animaux d’une ou plusieurs espèces distinctes. Rien de bien exceptionnel à prendre chez soi plusieurs boules de poils, mais parfois il se peut que l’amoureux des animaux se transforme en véritable collectionneur, victime de sa volonté compulsive à héberger ou à »sauver » toujours plus d’animaux. C’est à ce moment là qu’on parle de « Syndrome de Noé ».

Qu’est-ce que le syndrome de Noé ? 

Comme je l’ai écrit précédemment, le syndrome de Noé, ou Animal Hoarding ( « Accumulation d’animaux » en français), est une pathologie qui se traduit par un besoin compulsif d’obtenir & de contrôler des animaux, associé à un déni de leur souffrance, sans avoir les moyens de les détenir dans des conditions décentes. Cette maladie mentale toucherait majoritairement les femmes ; 76% des cas dont 46% d’entre elles seraient âgées de plus de 60 ans & vivraient seules.

L’Animal Hoarder est au départ un amoureux des animaux & voit ces derniers comme ses propres enfants, au point d’avoir un véritable trouble de l’attachement envers eux (par ailleurs, il s’imagine souvent avoir un talent pour les comprendre & les aider). Ainsi, il se sent très concerné par la protection animale & en hébergeant massivement des animaux chez lui, l’Animal Hoarder se prend véritablement pour un Noé moderne investi d’une mission de sauvetage dès qu’il en a l’occasion.

Très vite la personne atteinte du syndrome de Noé va perdre pied & accumuler un nombre insensé d’animaux dans sa demeure, sans même s’en rendre compte. Et lorsqu’un proche ou une personne extérieure lui fera remarquer l’irrationnalité de ses actions, l’Animal Hoarder réfutera son absence de raison & pire, niera la souffrance des animaux découle de ses actes.

Quelles conséquences pour l’animal ? 

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Conditions sanitaires de lapins nains appartenant à un Animal Hoarder.

Bien que l’Animal Hoarder niera farouchement être responsable de la souffrance de ses animaux, la réalité est tout autre. À force de « sauver », l’habitation du « collectionneur » devient insalubre. L’hygiène déplorable peut provoquer des infections ou des maladies aux animaux détenus chez la personne atteinte du syndrome de Noé. D’ailleurs en parlant de maladie, l’Animal Hoarder fini par être dépassé par ses dépenses animalières & ne parvient plus à assumer les soins de ses animaux (ce qui signifie aussi l’absence de vaccin ou de stérilisation & donc possibilité de reproduction dans le foyer). Il n’est bientôt plus capable de fournir à ses pensionnaires une alimentation saine ou suffisante. En devenant un « collectionneur », le malade se transforme petit à petit en ce qu’il détestait au départ ; une personne maltraitant les animaux.

Et le droit français ?

Outre la maltraitance animale qui découle du syndrome de Noé, en France, il est de toute façon hors-la-loi de posséder autant d’animaux chez soi (enfin, cela dépend des espèces). Dans l’Article 2 du code rural L. 214-6  le nombre total de chiens de plus de quatre mois ou de chats de plus de dix mois détenus par un particulier ne doit pas excéder neuf. Au-delà de neuf chiens, le particulier peut être considéré comme éleveur, gérant d’une pension ou d’un refuge & doit déclarer ses animaux auprès de la Direction des Services Vétérinaires (DSV).

Toutefois, si une personne atteinte du syndrome de Noé n’est pas dans cette situation (donc si elle détient moins de 9 chiens/chats ou qu’elle accueille d’autres espèces), la DSV peut être appelée sous demande d’une tierce personne ayant remarqué chez l’individu « suspect » toute maltraitance susceptible d’interpeller les autorités. Dans ces cas là, des associations peuvent être appelées pour saisir les animaux chez l’Animal Hoarder. Ainsi, le 14 octobre dernier, la Fondation 30 Millions d’Amis – accompagnée de gendarme – est intervenue à Plouézec (Bretagne), chez un frère & une soeur quadragénaires visiblement atteints tous deux du Syndrome de Noé, puisqu’ils vivaient avec une soixantaine d’animaux (chats, chiens, lapins, rongeurs & oiseaux) dans une pièce de 10m².

« L’homme et la femme, de 46 et 49 ans, sans emploi, vivaient dans une petite maison, sans eau courante et  “quasiment dans le noir, éclairés par une faible ampoule” selon les services de gendarmerie.

Ils occupaient une seule pièce de 10 m2 avec tous leurs animaux, l’accès à l’étage étant rendu impossible car l’escalier était cassé. »

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Un des chiens secourus ce jour-là. Photos : 30 Millions d’Amis.

Comme toute pathologie, le syndrome de Noé doit se soigner afin d’être combattu. Sans soin adapté, la récidive des malades s’élèverait à 100%. Un chiffre inquiétant, d’autant plus qu’à l’heure actuelle, aucun traitement, ni psychothérapie n’ont été mis en place pour les malades. Alors que peut-on faire ? Éduquer & sensibiliser les gens à cette pathologie, car en connaissant ce qu’est le syndrome de Noé on peut le déceler chez Autrui & arrêter les dérives avant d’arriver à une situation chaotique. Aux Etats-Unis, où la maladie est connue depuis plus de 20 ans, certaines université se sont penchées sur l’étude du Syndrome de Noé. C’est le cas du Hoarding of Animal Research Consortium (HARC), qui a rassemblé un groupe de scientifiques & de chercheurs de 1997 à 2006 pour étudier cette pathologie & balayer les préjugés de celle-ci. En France, où le problème commence à être connu, le travail d’information & de sensibilisation se fait grâce aux associations de protection animale.


Sources & suppléments d’infos : 

L’arche de Noé sur Wikipédia : ICI

« Animal Hoarding – Syndrome de Noé » sur le site de l’ACRACQ : ICI

« Seriez-vous atteint par le Syndrome de Noé ? » sur Les brindherbes engagés : ICI

« Le Syndrome de Noé ou la maladie mentale des collectionneurs d’animaux » sur Le Figaro : ICI

« Le Syndrome de Noé ou le besoin compulsif de sauver des animaux » sur Sciences et Avenir : ICI

L214 Annexe 6 sur Legifrance : ICI

« Déclarer une activité professionnelle en lien avec les animaux de compagnie » sur Mes Démarches : ICI

« Notion de base pour la mise en règle d’un élevage canin » sur Secadso : ICI

« Ils vivaient avec 60 animaux dans 10m² » sur La Presse d’Armor : ICI

« Treatment & Prevention » sur Animal Hoarding : ICI (anglais)

Hoarding of Animals Research Consortium sur le site de Tufts University : ICI (anglais)

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6 réflexions sur “Quand on ne sait plus dire STOP : Le syndrome de Noé.

  1. C’est bien décrit Marion. En ce moment j’ai une ‘amie tunisienne’ qui risque d’en être atteint, mais ça n’est pas vraiment ça quand même. Elle a des dizaines de chats et chiens chez elle (une vieille maison insalubre que son père veut d’ailleurs récupérer).Elle passe une grande partie de ses nuits à aider et nourrir les dizaines de chats (voire des centaines) des rue de Radès. Par contre elle en soigne et sauve réellement beaucoup et son dévouement est sans limite (temps, risques , toutes sa paye y passe, déprime, …). Elle moins de 25 ans.

    Aimé par 1 personne

    • Merci beaucoup Robert.

      Comme le syndrome de Noé est encore peu connu, il est difficile de déterminer si une personne en est atteinte ou non.

      Je ne pense pas que ton amie en soit atteinte. Elle tente juste de nourrir les chats des rues & il y en a un paquet en Tunisie malheureusement. Par contre il est vrai, qu’elle devrait faire attention à elle aussi, histoire de ne pas tomber dans cette dérive. Bravo à elle en tout cas pour son investissement personnel & financier.

      Bises,
      Marion

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  2. Vraiment très intéressant ! Je connaissais cette « pratique », je me doutais bien qu’il y avait certains troubles psychologiques derrière dans la plupart des cas, mais je ne savais absolument pas que c’était une maladie à proprement parler et spécifique aux animaux. Merci pour cet article, j’ai encore appris plein de chose ! 🙂

    Aimé par 1 personne

  3. Super article ! Vraiment bien écrit et surtout informatif, qui explique bien ce qu’est ce syndrome de Noé. J’adore les animaux et j’en voudrais plein, heureusement je sais qu’ils doivent avoir une vie décente et chéri est là pour me rappeler à l’ordre. Alors je m’investis dans des associations de famille d’accueil et à la SPA !

    Aimé par 1 personne

    • Merci beaucoup Cindy 🙂

      Oui c’est sûr que c’est tentant d’accueillir toujours plus d’animaux, mais il faut savoir dire stop (dit la fille qui rêve d’adopter un lapin lol).

      C’est tout aussi super d’aider les associations. Elles aussi ont besoin de nous pour continuer à exister.

      Bises,
      Marion

      J'aime

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