Cinéma & Animaux captifs : de l’ombre à la lumière.

« Aucun animal n’a été maltraité durant ce tournage », vous avez sans doute déjà pu lire cette fameuse phrase à la fin d’un générique d’un film ou d’une série télévisée. Elle est la preuve officielle que le ou les animaux ayant participé à l’élaboration du film ont été traités dignement. Bien traité pendant les tournages ? Peut-être, mais que se passe t-il lorsque les lumières du plateau s’éteignent ? Que deviennent ces animaux stars du petit & du grand écran une fois que leur notoriété passagère s’éssoufle ?

Aujourd’hui je vous propose de nous intéresser à quatre histoires. Quatre acteurs animaux qui ont contribué largement au succès de leurs fictions respectives & qui vous verrez ont connu des destins plus ou moins tragiques.

1 – KATHY DE LA SERIE « FLIPPER LE DAUPHIN » :

« Flipper le Dauphin » est une série américaine de 88 épisodes diffusée entre 1964 & 1968 aux Etats-Unis (la série apparaîtra sur les petits écrans français dès 1966). La fiction raconte les aventures de la famille Ricks, dont le père est responsable du parc aquatique Coral Key.

Flipper, un grand dauphin apprivoisé par Bud, le fils de la famille, n’hésite pas à venir en aide aux nageurs en difficultés ou aux naufragés. Dans la réalité, Flipper a été joué par plusieurs dauphins, dont Kathy une femelle captive dressée par Pat Derby & Richard O’Barry au Seaquarium de Miami. Lorsque la série s’arrête en 1970, Kathy déjà dépréssive, dépérit de jour en jour. A tel point que le Seaquarium prend la décision d’appeler son ancien dresseur Richard O’Barry. Ce dernier retrouve Kathy isolée dans un bassin en acier & c’est dans cette dernière demeure qu’elle décide de mettre fin à ses jours dans les bras de son soigneur.

« Elle était vraiment déprimée. Il faut savoir que les dauphins & les baleines ne respirent pas comme nous. Chaque inspiration est un effort conscient pour eux. Ils peuvent donc parfaitement cesser de respirer & mettre fin à leurs jours quand ils le souhaitent. Elle a nagé jusque dans mes bras, m’a regardé droit dans les yeux, a respiré une dernière fois, & puis plus du tout. Je l’ai relâchée & elle s’est laissée couler pour reposer au fond du bassin sur son ventre »

Richard O’Barry dans The Cove (2009)

Depuis cet événement tragique, Richard O’Barry, qui avait pourtant participé à la construction de l’industrie de la captivité des dauphins, décide de consacrer le reste de sa vie à sauver les cétacés & leur rendre la liberté avec son association The Dolphin Project.

feature1-2Photo : The Dolphin Project .

2 – KIWI DE « L’OURS » : 

Réalisé par Jean-Jacques Annaud, L’Ours (sorti en 1988) suit l’histoire d’un ourson orphelin un peu maladroit, adopté par un ours assez bourru. Le petit ourson fera l’apprentissage de la vie & du mal personnifié par deux chasseurs lancés à leur poursuite. L’un d’eux, Tom, prendra peu à peu conscience de l’importance de la dignité de la vie animale. Le film est un véritable succès puisqu’il engendre pas moins de 31 000 000 $ de recettes rien qu’aux Etats-Unis & décroche des prix renommés tels que le César & l’Oscar.

Tous les ours acteurs sont nés en captivité & ont été reconduits dans diverses Zoos, mais Kiwi (l’un des 15 acteurs oursons) vit désormais un triste quotidien au Parc Zoologique de Fort Mardyck (Belgique), qui n’hésite pas exploiter le bon filon du film. Kiwi & son compagnon de cellule Dominique présentent de sérieux troubles du comportement dûs à l’enfermement & au manque d’infrastructures nécessaires à leur épanouissement. L’association française Cause Animal Nord se bat aujourd’hui pour que les deux ours sortent du Fort Mardyck afin qu’ils puissent rejoindre une réserve naturelle en Croatie qui accueuille déjà plusieurs Ours.

« On est pas inconscients, on sait que ces animaux ne peuvent pas retourner à la vie sauvage. C’est pour ça qu’on a pris contact avec une réserve en Croatie qui accueille plusieurs ours. Cela leur permettrait d’avoir des congénères, de l’espace, tout en restant sous une surveillance humaine »

Militant de CAN

Une pétition est d’ailleurs en ligne à l’heure actuelle.

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Photo : le Phare Dunkerquois.

3 – TAI DU FILM « DE L’EAU POUR LES ELEPHANTS » :

Durant la Grande Dépression (dans les années 1930 aux Etats-Unis), le jeune étudiant vétérinaire fraîchement orphelin, Jacob Jacowski, est engagé comme soigneur au Cirque des Frères Benzini. Là-bas il y fera la rencontre de Marlena, une star de l’équitation & Rosie, une éléphante d’Asie. Il découvrira cependant l’envers sordide du décor où Hommes & Bêtes sont exploités & maltraités.

L’interprète de Rosie est Tai (qui n’en est d’ailleurs pas à son premier film). Tout comme son personnage, Tai a connu les coups & la maltraitance pour apprendre à obéir. L’Animal Defenders International (une association de défense des droits des animaux), diffuse aux yeux du grand public une vidéo de 2005 où l’on voit clairement le pachyderme recevoir des coups de bâtons & des décharges électriques au Ranch de Have Truck Will Trave (société à laquelle Tai appartient). Cette méthode violente & douloureuse serait monnaie courante dans le monde du dressage d’éléphants.

« Ces méthodes sont fréquentes dans ce milieu. Les dresseurs emploient des pistolets paralysants qui diffusent des décharges électriques. [ … ] Les éléphants sont formés par la souffrance & la peur d’une sanction supplémentaire »

Phil Buckley, membre de l’ADI

La société incriminée par l’ADI a assumé ses méthodes de travail tout en clamant apporter l’amour & les soins nécessaires à ses éléphants. Plus tard, l’ADI rediffusera une autre vidéo filmant d’autres actes de maltraitances perpétrés au Ranch. Pat Derby (l’un des anciens dresseurs de Kathy le dauphin, si vous avez bien suivi), fondatrice de Performing Animal Welfare Society, en avait même appelé au boycott du film.

« Si vous aimez les éléphants, n’allez pas voir ce film ! »

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Photo : algonquin.com

4 – KEIKO DE SAUVEZ-WILLY :

Jesse, jeune adolescent abandonné par sa mère, rebelle à l’autorité, est arrêté pour vandalisme au cours d’une de ses nombreuses fugues. Il est placé dans une famille d’accueil & doit nettoyer ses graffitis au centre aquatiques où se trouve Willy, une orque mâle capturée, puis vendue ici pour y être dressée & exploitée. Très vite un lien très fort se tisse entre les deux protagonistes. Et lorsque Jesse apprend que Willy risque de se faire tuer sur ordre du propriétaire du centre car il refuse de coopérer au spectacle, il mettra tout en oeuvre, aidé de sa nouvelle famille & ses amis pour sauver & rendre la liberté à l’épaulard.

Keiko avait déjà vécu 13 ans de captivité lorsqu’il fut choisi pour incarner le rôle de Willy (il avait été capturé en 1979 à l’âge de deux ans). La célébrité mondiale de Keiko a permis d’attirer l’attention générale & de mettre en lumière les terribles conditions du cétacé captif (il souffrait entre autres d’une importante maladie de peau). L’opinion publique & les associations parvinrent à faire pression & à sortir Keiko de son minuscule bassin de Reino Adventuro au Mexique. Ainsi, en 1994, suite à une donation de 4 000 000$, la fondation « Free Willy-Keiko » voit le jour pour aider l’animal à regagner sa liberté. Après un passage dans un aquarium en Oregon où des soins lui ont été prodigués & où il a pu retrouver l’eau de mer pour apprendre à chasser, Keiko s’envole direction sa terre natale, l’Islande, tout près de l’endroit où il avait été capturé. Les membres du programme notèrent de vrais progrès chez Keiko. Il chassait de mieux en mieux, explorait les profondeurs de la mer & partait progressivement à la rencontre de groupes d’orques sauvages (s’absentant régulièrement plusieurs jours). Mais malheureusement, le 12 décembre 2003, Keiko s’éteint à l’âge de 27 ans sur les côtes norvégiennes, des suites d’une pneumonie (certainement dûe aux séquelles de sa vie passée d’orque captive). Une tombe a été érigée par les enfants norvégiens là où Keiko repose en paix. L’opération est perçue comme un échec auprès des pro-captifs, mais pour les autres, la réinsertion de Keiko est un espoir. Keiko est mort certes, mais il est mort libre & nous a donné la liberté & la force de croire que la réhabilitation des cétacés captifs est possible. D’ailleurs l’association Free Willy-Keiko oeuvre toujours pour la libération d’orques captives.

« Et si nous lui donnions la chance qu’aucune autre orque captive n’a connu jusqu’alors. De pouvoir rentrer chez elle, retrouver sa famille. De retrouver le large, sentir les vagues à nouveau, la beauté de son état naturel, de sa maison … « 

Extrait du documentaire, Keiko : the untold story (2010)

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Photo : Free Willy-Keiko Foundation

Même si le Cinéma & la Télévision ont participé consciemment ou inconsciemment à leur triste condition d’animaux captifs, force est de constater que c’est (malheureusement) grâce à leur mise en lumière que ces quatres étoiles sont devenues le symbole d’une cause. Keiko & Kathy ont permi d’éveiller les consciences face à l’industrie tragique des cétacés captifs, Tai est l’un des emblèmes de la lutte contre le cirque, & Kiwi est devenue une figure contre la maltraitance dans certains zoos. Chaque destin nous a ému, donné une leçon d’humanité, alors maintenant à nous de remettre en question notre utilisation d’animaux sauvages pour le loisir humain & d’essayer de voir l’ombre par-delà la lumière.

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Tombe de Keiko


Sources & supplément d’infos :

L’histoire de Kathy : ICI  & ICI

L’histoire de Richard O’Barry : ICI

Bande-annonce de The Cove : ICI

The Dolphin Project : ICI

Article sur Kiwi & Dominique : ICI

Pétition pour sauver Kiwi & Dominique : ICI

Cause Animal Nord : ICI

Article sur la maltraitance de Tai : ICI

Condition d’éléphant captif : :ICI

Animal Defenders International : ICI

Performing Animal Welfare Society : ICI

L’histoire de Keiko : ICI

L’enfant de Keiko ? : ICI

Free Willy-Keiko Foundation : ICI

Bande-annonce de Keiko The Untold Story : ICI

Documentaire A Fall From Freedom : ICI

Article sur Cheetah de Tarzan : ICI

Documentaire Blackfish (l’oque tueuse) : ICI

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3 réflexions sur “Cinéma & Animaux captifs : de l’ombre à la lumière.

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