Élevage : Les nouveaux Dr. Frankenstein.

ll n’y a pas que les humains qui subissent les diktats de la mode. Chez les animaux de compagnie, le culte de l’esthétisme existe aussi, à la différence près qu’il n’est pas instauré par des membres de leurs propres espèces. Non, encore une fois, c’est bien l’Homme qui impose une certaine idée de la beauté à ses compagnons quadrupèdes. Des humains qui s’amusent à jouer les Dr. Frankenstein modernes, en quête cette fois-ci de la créature aux traits parfaits, quitte à ce qu’elles en payent un lourd tribut.

DES OBJECTIFS QUI ONT CHANGÉ

D’aussi loin que nous pouvons remonter dans l’Histoire de l’Homme civilisé, ce dernier a toujours utilisé certains animaux pour servir ses intérêts & le chien ne déroge pas à la règle. Pour aller plus loin & plus efficacement dans le rendement, les humains ont sélectionné leurs meilleurs compagnons. Ainsi, dès le IIIème millénaire avant notre ère, on pouvait déjà compter deux grands types de chiens ; les Molossoïdes qui travaillaient à la garde des troupeaux contre les prédateurs & le type Lévriers qui faisait un excellent chasseur. Au fil de l’Histoire les humains ont continué à reproduire les « meilleurs » individus (canins, équidés, etc…) selon les travaux pour lesquels ils étaient destinés, créant ainsi le concept de races.

Mais à partir du XIXème siècle, les premiers concours de beauté voient le jour en Angleterre et changent l’objectif des croisements. En effet, il est de moins en moins question de matcher les parents qui excellent dans les travaux pour lesquels il sont assignés. L’esthétique prime peu à peu sur les capacités physiques et il en devient de même pour le chat ou le cheval. L’aspect de certaines races changent alors au grès des décisions arbitraires de certains éleveurs encouragés par les juges des concours de beauté. C’est le cas du Bull Terrier, aujourd’hui méconnaissable si on le compare à son ancêtre du XIXème siècle :

QUELLES CONSÉQUENCES ?

Une quête de beauté absolue qui n’est pas sans conséquences. En premier lieu, on pense d’abord aux reproductions consanguines qui – comme pour l’homme – peuvent avoir des répercussions désastreuses, mais il y a aussi la mode qui consiste à vouloir accentuer les traits caractéristiques chez certaines races (un museau écrasé à l’excès chez le Persan, ou encore un chanfrein exagérément concave chez le Pur-sang arabe de show) – c’est ce qu’on appelle l’Hypertype – ces animaux sont plus susceptibles de souffrir d’un handicap ou de maladies plus ou moins alarmantes.

C’est le cas de la malformation de Chiari qui toucherait 94% des Cavalier King Charles. Pour faire simple, le crâne est trop petit pour contenir convenablement le cerveau & le cervelet, ce qui peut entraîner la Syringomyélie. Cette maladie neurologique provoque des douleurs cuisantes, des migraines lancinantes & le moindre contact – même avec un tissu – s’avère désagréable. Des milliers de Cavalier King Charles souffriraient de la Syringomyélie dans le monde selon la vétérinaire-neurologue Clare Rusbridge.

LA FAUTE À QUI ?

Et certains éleveurs entretiennent ce fléau en prenant délibérément le choix de reproduire des animaux mal formés & commettent l’impensable. Ainsi, Chez le Chien de Rhodésie à crête dorsale par exemple, quelques éleveurs n’hésitent pas à tuer les chiots qui ne présentent pas cette fameuse particularité. Pourtant, il faut savoir qu’elle ne sert strictement à rien &  qu’elle est au contraire dangereuse puisque c’est une malformation qui prédispose les chiens à une sorte de Spina bifida (une anomalie touchant les vertèbres) qui occasionne de graves problèmes de santé.

« On a un problème avec les jeunes vétérinaires qui voient le mal partout & ne veulent pas les euthanasier. On a un beau chiot en bonne santé, rien à lui reprocher mise à part qu’il n’a pas de crête. Pourtant il devrait en avoir une ! […] Nous devons demander à un vétérinaire de la vieille école que nous connaissons depuis des années de le piquer gentiment. » 

Anne Woodrow, éleveuse. 

Ces éleveurs sont bien souvent encouragés par les juges de concours puisque ce sont eux qui exigent que les standards des races soient appliqués à la lettre. Il n’est donc pas étonnant que certains animaux de races soient déclarés vainqueurs dans les concours alors qu’ils présentent des pathologies et de sévères malformations. Ainsi en 2016, le CRUFT (l’exposition canine la plus prestigieuse au monde) a déclaré « Meilleur chien de race » un Berger allemand avec l’arrière-train si affaissé qu’il peinait à se déplacer correctement. 13 ans plus tôt, c’est Yakee Liaison Dangereuse (plus connu sous le nom de Danny) qui remportait la compétition. Le Pékinois qui souffrait de détresse respiratoire à cause de son museau écrasé hypertypé, a du être placé sur un bloc de glace pour tenir le coup lors de la remise de la coupe tant convoitée par son maître.

« Pour moi le CRUFT n’est qu’un concours de beauté tapageur, une parade de mutants, un défilé de monstres. Le bien-être & la santé des chiens en sont complètement exclus »

Mark Evans – Vétérinaire en chef de la RSPCA

Des associations de protection animale, comme la RSPCA ont tenté de tirer la sonette d’alarme sans réel succès. Le CRUFT continue dans sa quête de la beauté absolue à n’importe quel prix & à faire rêver un public non sensibilisé au désastre que vivent certaines races canines à la mode. Car les plus souvent touchées, sont les races populaires (les chiens sont plus touchés que les chat ou les chevaux). Le Berger Allemand était encore le chien préféré des français en 2016, et côté félin, c’est le Maine Coon qui gagne le coeur des habitants de l’Hexagone. Le Maine Coon, un chat dont les individus hypertypés sont de plus en plus mis en avant.

♦ ♦ ♦

Quelles solutions pour mettre fin à toute cette souffrance ? Abolir les concours de beauté ? Bof. Même si c’est loin d’être quelque chose que je défends (pour moi la beauté est de toute façon impossible à juger tant elle est perçue différemment selon chacun),  après tout il n’y a pas de souffrance animale à proprement parlé (on fait juste trotter des chiens 30s & on les touche) & tous les éleveurs ne sont pas à mettre dans le même panier. Certains sont respectueux de l’animal & font très attention à ne pas propager des maladies génétiques. Ce sont les dérives qui doivent être stoppées. Cela passe par un assouplissement des standards & par une condamnation des éleveurs & jugent qui s’amusent à faire des animaux des mutants qui souffriront toute leur vie. Enfin, il faut aussi que les personnes souhaitant se diriger vers un animal d’élevage s’informent avant de passer à l’acte & cessent aussi d’être attirées par les animaux hypertypés. Au final, si la faute est donc à tout le monde, il est aussi à porté de tout le monde pour résoudre le problème.


Sources & supplément d’infos : 

« Origines et évolution du chien » sur Wikichien : ICI 

« Comment les humains ont changé l’aspect de leurs meilleurs amis » sur Daikymail : ICI (anglais)

« Pour satisfaire une nouvelle mode, des chevaux sont cruellement déformés par l’Homme » : ICI  

Hypertype sur Wikipédia : ICI

« Chiens de race, maîtres fous » documentaire de la BBC : ICI

« Syndrome de type Chiary et Syringomyélie chez le chien » sur FREGIS : ICI

« Syringomyélie : quels éléments récent pour proposer une politique de sélection en élevage » sur CENA Asso : ICI

« Spina bifida chez le chien » sur FREGIS : ICI

« Le prix cruel des chiens de races au CRUFT 2016 » sur Express : ICI (anglais)

« Les monstres chiens de Westminster » sur Earth in transition : ICI (anglais)

Races de chien préférées des français en 2016 : ICI

« Quelle est la race de chat préférée des français » sur Wamiz : ICI

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2 réflexions sur “Élevage : Les nouveaux Dr. Frankenstein.

  1. Intéressant. Dommage, cette conclusion, par contre, en ce qui me concerne. Mais bon, c’était couru d’avance, étant personnellement peu convaincue par le « oui mais les petits éleveurs respectueux », viande ou pas.

    Aimé par 1 personne

    • Je comprends ton point de vue. Malgré tout pour moi tant qu’il n’y a pas de souffrance engendrée, je ne vois pas de raison de l’abolir, mais voilà ça reste mon avis basé sur mes expériences personnelles & je comprends tout à fait qu’on puisse ne pas partager cette partie de ma conclusion.

      Bises,
      Marion

      J'aime

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